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Soins infirmiers à domicile : pourquoi la Belgique teste un nouveau modèle de financement

Depuis le 1er juin 2026, une expérimentation importante se déroule dans les soins infirmiers à domicile en Belgique. Pendant deux ans, l’INAMI, en collaboration avec le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) et le secteur, teste une autre manière d’organiser et de financer les soins.
Au total, 58 pratiques ont été sélectionnées dans tout le pays. Parmi elles, 32 pratiques, représentant 1.007 dispensateurs de soins, expérimentent une nouvelle méthode de travail et un financement alternatif. Les 26 autres, représentant 912 dispensateurs, constituent un groupe de contrôle.
Pourquoi remettre le modèle actuel en question ? Et surtout, qu’est-ce que cette expérimentation pourrait changer demain pour les infirmières et infirmiers à domicile ?

Un métier qui a profondément évolué

Les soins à domicile d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’il y a vingt ans.
Le vieillissement de la population, l’augmentation du nombre de personnes vivant avec des maladies chroniques et le transfert de certaines prises en charge de l’hôpital vers le domicile font augmenter structurellement les besoins.
Cela signifie davantage de soins, mais également des situations plus complexes à gérer et une charge de travail croissante pour les professionnels.
Et le travail ne se limite évidemment pas à l’acte réalisé chez le patient.
L’infirmière à domicile évalue une situation, surveille son évolution, échange avec d’autres professionnels de santé, informe le patient et ses proches, organise son suivi et coordonne parfois plusieurs intervenants.
Or, l’INAMI constate que certaines dimensions importantes du métier restent encore insuffisamment visibles dans le système actuel de remboursement. C’est notamment le cas de l’éducation du patient et de l’aidant proche, de la prévention ou encore de la coordination des soins.
C’est précisément l’un des enjeux du projet pilote.
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Passer d’une logique d’actes à une vision plus globale ?

L’objectif annoncé n’est pas simplement de modifier quelques tarifs.
Le projet cherche à déterminer si une autre logique de financement permettrait de mieux correspondre à la réalité du terrain.

L’INAMI indique notamment vouloir explorer un système accordant davantage de place aux besoins réels du patient, à la qualité des soins, à l’autonomie et à l’expertise des professionnels ainsi qu’à la collaboration entre disciplines.
Concrètement, les pratiques pilotes continuent leurs tournées, mais leur activité est enregistrée différemment. Les besoins des patients sont notamment évalués à l’aide d’instruments BelRAI et les soins sont enregistrés au moyen de codes d’intervention.

Une partie du modèle testé concerne également la pratique elle-même : les investissements dans des éléments tels que la formation permanente, la coordination des soins ou la collaboration interdisciplinaire peuvent être valorisés au moyen d’un système de points.

Attention toutefois : ce qui est testé actuellement n’est pas nécessairement le futur système définitif. Il s’agit précisément d’une expérimentation destinée à déterminer ce qui fonctionne — ou non — avant d’envisager une réforme.

Deux années pour observer la réalité du terrain

L’intérêt de cette expérimentation est aussi son ampleur.
Le projet pilote se déroule du 1er juin 2026 au 31 mai 2028. Le KCE assurera son évaluation scientifique et collectera des données quantitatives et qualitatives.

Il s’intéressera notamment à la qualité des soins, à la répartition du temps et à la satisfaction professionnelle. Les pratiques communiqueront également des informations sur leur organisation et leur composition. Des professionnels participeront à des enquêtes, interviews et groupes de discussion, et les patients seront eux aussi interrogés.
L’idée est donc de ne pas construire une réforme uniquement sur des hypothèses, mais d’observer ce qui se passe réellement dans les pratiques.
En 2028, le KCE procédera à une évaluation approfondie. Ses conclusions serviront ensuite de base à des recommandations pour un éventuel futur système de financement.

Qu’est-ce que cela pourrait changer pour une infirmière à domicile ?

À ce stade, il serait prématuré d’annoncer précisément ce que sera le futur modèle.
Mais la direction prise est intéressante.
Si les résultats du projet sont concluants et conduisent effectivement à une réforme, certaines dimensions aujourd’hui difficiles à valoriser pourraient prendre davantage de place : le temps consacré à la coordination, l’évaluation globale du patient, la prévention, la collaboration avec d’autres professionnels ou encore la qualité de l’organisation de la pratique.
Cela pourrait donc contribuer à faire évoluer la reconnaissance du métier au-delà de la seule succession d’actes réalisés.
Mais une telle évolution pose aussi une autre question : comment éviter qu’un système plus précis ne devienne également un système plus complexe administrativement ?

Évaluer les besoins, enregistrer les interventions, coordonner les informations et documenter la qualité nécessitent des outils adaptés. C’est d’ailleurs révélateur que la phase préparatoire du projet ait explicitement prévu des adaptations logicielles avant le début du test.

Et le numérique dans tout cela ?

Pour Inficyc, cette évolution est particulièrement intéressante à suivre.
Parce que lorsque le métier évolue, les outils utilisés par les professionnels doivent évoluer avec lui.
Le rôle d’un logiciel de gestion ne devrait pas être d’ajouter une couche numérique supplémentaire au quotidien. Il devrait au contraire permettre de centraliser l’information, simplifier l’organisation et accompagner les exigences administratives et réglementaires avec le moins de friction possible.

C’est dans cette logique qu’Inficyc s’inscrit : la technologie au service du travail infirmier, et non l’inverse.
Le projet pilote ne permet pas encore de savoir précisément comment les soins infirmiers à domicile seront financés demain. Mais il révèle déjà quelque chose d’important : les pouvoirs publics reconnaissent que la réalité du métier a changé et que le modèle doit être réexaminé.

Les deux prochaines années seront donc particulièrement intéressantes à suivre.

Car derrière la question du financement se trouve finalement une question beaucoup plus large : comment construire un modèle de soins à domicile qui reconnaisse réellement tout le travail réalisé auprès du patient ?